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Ecrit et édité par Eleonora Pizzanelli

Le rythme au bout du fil

Le 24 août 2018

crédit: Eleonora Pizzanelli

Baptiste Cuckovic, compositeur et ingénieur du son élabore son projet musical pour LCC en interprétant le travail des employés. Couture et musique, l’improbable association ? Et pourtant le défi est relevé pour ce jeune étudiant multi-instrumentiste. Avec une vision artistique, contemporaine et conceptuelle de la mode et de la musique, Baptiste Cuckovic fait fusionner les genres. A l’instar de Virgil Abloh, son icône absolue.

En souhaitant aller le plus loin possible en termes d’école et de musique tout en ayant la volonté d’avoir sa propre force de décision dans la création, Baptiste Cuckovic s’est passionné pour le saxophone et la guitare depuis son plus jeune âge. Avec pour artistes fétiches Prince, Mozart et Miles Davis, cet étudiant à Paris College of Music est avide de savoir. Ayant pour désir de se faire remarquer par ses artistes favoris, il souhaite faire converger entre eux les différents domaines de l’art, comme l’architecture, la musique et la Haute- Couture. Sa composition pour LCC ne serait-elle pas l’occasion de créer un premier lien entre la musique et la mode ?

Pourquoi n’avez- vous pas donné de titre à votre projet ?

On est facilement pris dans le projet. Ce n’est pas juste de la musique, c’est un environnement sonore complexe que j’ai créé pour LCC. Je voulais représenter l’esprit de l’entreprise, tout en lui apportant ma touche personnelle. J’ai donc décidé de ne pas lui donner de titre.

Crédit: Eleonora Pizzanelli

Comment avez-vous élaboré cette composition ?

Je me suis souvent rendu à l’Atelier et au Studio pour observer et comprendre les différents services de LCC. J’ai d’abord eu une phase de découverte, dans laquelle j’ai pu effectuer des entretiens avec des personnes importantes de l’entreprise. Puis, j’ai écouté de manière attentive les différents sons de LCC avant d’amorcer l’étape d’enregistrement et de composition. J’ai fait de nombreux allers-retours entre les différentes phases d’élaboration de la partition, avec un matériel simple afin de reproduire le plus fidèlement possible le lien entre le Studio et l’Atelier.

Quelles sont vos principales sources d’inspiration pour le projet ?

L’Atelier et le Studio. L’entreprise familiale. D’une manière plus générale, je voulais rentrer dans le vif du sujet ; je n’ai pensé à aucun artiste.

 

Quels ont été les objectifs de votre travail et pour quels supports sera-t-il destiné ?

L’objectif principal du projet est de faire découvrir le fonctionnement de l’entreprise à travers une série d’environnements sonores. Ils seront utilisés dans les futures productions audiovisuelles de LCC, pour assurer sa promotion.

 

Comment avez-vous envisagé la partie technique et artistique du projet pour mettre en avant l’Atelier à travers cette musique ?

Je souhaitais réaliser des prises de son complexes pour l’environnement sonore de LCC. Je voulais d’abord essayer avec la technique du blumlein, mais faute de moyens, il fallait que je trouve une solution. Le challenge que j’avais à relever c’était d’avoir affaire à une prise de son complexe. Mais je ne me suis pas découragé, et j’ai décidé d’utiliser un micro zoom H6, un micro de proximité pour reproduire le plus fidèlement possible l’atmosphère de LCC. Une fois le problème technique résolu, la partie artistique a été plus simple à envisager. Ce que je voyais immédiatement, en me rendant à l’Atelier et au Studio, c’était une ballade. Il fallait ensuite que je l’arrange pour évoquer le travail des artisans mais aussi les différents horizons musicaux qui peuvent s’en dégager.

"Je souhaitais réaliser des prises de son complexes pour l’environnement sonore de LCC."

Baptiste Cuckovic

Crédit: Eleonora Pizzanelli

"Je vois la musique sous plusieurs vecteurs. Ils se rassemblent et forment un champ vectoriel. Ils définissent l’œuvre, n’ont aucune limite. "

Baptiste Cuckovic

Comment donner de l’ampleur aux voix dans la musique, sachant que les instruments ont un rôle, un thème fort ?

J’ai valorisé les dialogues en effectuant un traitement artistique plutôt que curatif. Je suis parti d’un enregistrement d’ambiances pour faire ressortir deux voix uniques. C’est un dialogue qui garde encore néanmoins des défauts. La langue asiatique possède sa propre musicalité, j’ai donc imaginé une deuxième partition plus personnelle représentant le travail des artisans. Cette deuxième partie de la composition est une juxtaposition d’une partie de l’essaim musical de LCC ainsi que d’une de mes partitions. En conclusion, je vois cette partie spécifique de l’œuvre comme des partitions spatiales parallèles.

 

​Pouvez-vous nous expliquer les difficultés rencontrées sur votre travail ? La transcription d’un univers matériel en univers musical est-elle compliquée à élaborer ?

J’ai voulu sortir de ma zone de confort à travers cette composition. J’ai notamment voulu tester du sound painting, mais lors de l’élaboration de la troisième partie, j’ai eu plus d’hésitations. Il fallait que je trouve l’inspiration pour récréer les sons qu’on retrouve à l’Atelier. Je n’ai donc pas placé les notes et les sons rythmiquement. Cette partie est plus  intemporelle. Ensuite, l’univers matériel possède déjà sa propre musicalité, alors j’ai superposé cet essaim musical à la musique que j’avais personnellement en tête pour LCC.

 

 

Quelle est l’influence de la musique sur la mode et vice-versa selon vous ?

Aujourd’hui, je pense que la mode possède plus d’influence sur la musique. Les musiques actuelles sont utilisées dans un but de promotion pour les collections. En revanche, je trouve que les collaborations peuvent être originales dans ce lien musique-mode comme celle de Kanye West avec Olivier Rousteing de Balmain, pour promouvoir ces deux formes d’art dans un support inédit.

Pensez-vous que l’inspiration soir un élément essentiel à l’élaboration d’une composition, ou au contraire, pouvez-vous supposez qu’une part d’instinct puisse habiter la formation d’une partition ?

L’inspiration et l’instinct sont deux éléments distincts d’une œuvre. Certains artistes fonctionnent avec, d’autres sans. Pour la deuxième partie de la composition, j’ai fait appel à mon intuition. Je suis parti d’un couleur d’accord particulière. J’ai ensuite élaboré la progression harmonique et le système mélodique me servant toujours de cet instinct. Cette composition est originale. On se laisse facilement porter. Elle est à la fois simple, riche et complexe.

 

Vous dîtes « Il n’existe aucun style musical ». Comment jugez-vous la personnalité d’une musique ? Une mélodie est-elle nécessairement vecteur d’émotions ? Que peut-elle véhiculer d’autre, selon vous ?

D’abord je n’aime pas le mot personnalité. J’écoute en premier la signature rythmique car la musique c’est avant tout du rythme, non monotone. Je vois la musique sous plusieurs vecteurs. Ils se rassemblent et forment un champ vectoriel. Ils définissent l’œuvre, n’ont aucune limite. Chaque œuvre possède son propre champ qui véhicule une infinité de choses.

Propos recueillis par Eleonora Pizzanelli

Tous droits réservés Baptiste Cuckovic